Ma pratique s’est développée à partir d’expériences personnelles qui ont remis en question ma perception d’un environnement, des être-humains et leur existence.
Mes premiers questionnements et fascinations se sont posés sur des expériences de déréalisation que je vivais, comme si le cerveau mettait en pause la capacité à discerner la réalité dans laquelle j’existe. La déréalisation crée un sentiment de détachement altérant la perception, donnant l’impression que le monde extérieur est étrange ou irréel. Ce moment de bascule dans le trouble, ce moment suspendu causé par ce trouble me hantait même quand je ne le vivais pas. J’essayais d’imaginer les moyens par lesquels mon cerveau me faisait basculer dans l’irréalité, j’allais jusqu’à imaginer la possibilité de basculer dans une simulation voire dans un monde parallèle.
Au fil de mon cursus à l’esä, le numérique a pris de plus en plus de place dans ma pratique et s’est allié aux réflexions que j’avais.
J’ai élargi mes pensées et observations aux états d’ivresse provoqués par l’alcool, la marche, la danse, l’échange, l’amour, la création, la musique et bien d’autres choses. Dans la continuité de l’élargissement de mes réflexions, le rêve s’est imposé. Il est un défouloir, un moyen de rétablir l’équilibre du psychisme en nous faisant vivre un instant hors du temps, hors de toute réalité.
La confiance dans l’image, le son et même l’espace ordinaire est brisée à cause de l’inaccessibilité ou la déformation. Ces sujets se transforment en modèles pour la création de formes instables où la perception titube jusqu’à ne plus rien saisir. Mes dispositifs deviennent alors des surfaces mouvantes provoquant une dérive mentale, un trouble dans le champ de vision pouvant amener à l’expérimentation d’une possible ivresse visuelle, d’un rêve, voire de la transe.