Paysages industriels

À partir du XVe siècle, de nombreuses bourses marchandes se créent successivement à Bruges, Anvers, Amsterdam et Londres, faisant du nord de l’Europe, et plus particulièrement du détroit de Douvres, l’un des points centraux de l’activité économique mondiale. Activité qui va de paire avec l’évolution historique : l’art des Primitifs Flamands, puis de l’âge d’or hollandais, et le classicisme anglais sont tous liés à l’essor économique de la région, en lien direct avec la Méditerranée des Médicis (dans un premier temps), puis avec le reste du monde. Ce sont depuis les côtes hollandaises, au XVIIe siècle, que partent les caravelles d’un genre nouveau qui vont permettre l’essor d’un nouveau système commercial mondial qui prendra bientôt le nom de capitalisme. Les Anglais surpassent bientôt les Pays-Bas au XVIIIe siècle, suivis de près par les Français qui, au XIXe siècle, deviennent, pour un temps, la première puissance mondiale. Le port de Calais jouant un rôle crucial dans cette expansion. Et ceci, sans parler des industries qui, au Nord de la France et globalement le long du littoral de la Mer du Nord, marquent à jamais un paysage, une culture, et un imaginaire européen. Évoquons, enfin, le passé martial de la région, d’où s’élèvent encore de nombreux bunkers rappelant certaines heures sombres de l’Histoire, mais faisant également se souvenir de moments héroïques, comme avec l’opération Dynamo en 1940.

La Mer du Nord est ainsi profondément liée à l’histoire de l’Europe, du monde, et donc comme nous l’avons évoqué, à l’histoire de l’art. Là est où est l’activité humaine résident les artistes. Là où sont les richesses, se diffusent les œuvres. Mais ce n’est pas tout, le détroit de Douvres, qui représente aujourd’hui encore 25% de l’activité maritime mondiale, est aujourd’hui l’un des signifiants mêmes des risques climatiques. Les prévisions envisagent que d’ici quelques années Dunkerque n’existera plus, noyée sous les flots, et que le même sort est promis aux villes comme Anvers ou La Haye. Ainsi, symbole d’un expansionnisme industriel, cette région risque d’en être l’une des premières à en incarner ses effets climatiques. La faune et la flore y est menacée, et les nombreuses éoliennes flottantes qui découpent l’horizon nous rappellent, en permanence, qu’il faut trouver une issue à un avenir de plus en plus incertain. Évoquons, enfin, la Manche, où se perdent chaque semaines des migrants cherchant à fuir des conditions de vie devenues intenables, au Moyen-Orient ou en Afrique, faisant de la Manche un véritable cimetière marin. Au sein de ce contexte politique et historique, nous cherchons donc à insuffler un nouveau souffle pédagogique et artistique en conduisant nos étudiant·es sur les lieux même de cette profondeur historique et de ce vertige actuel.