Nucléaire

L’ARC Ubik est structuré par des sous-thématiques et des objectifs annuels. Le premier sujet dont nous nous sommes emparés est le nucléaire, réalité locale de la région dunkerquoise. La rencontre avec Agnès Villette, chercheuse et photographe spécialiste de questions liées à l’énergie nucléaire, a motivé notre choix. Particulièrement pertinent dans ce monde post-covid19, nous sommes la première école supérieure d’Arts de France à proposer un cadre de recherche artistique sur cette thématique. Nos échanges, nous ont permis de lister plusieurs axes, théoriques et pratiques, que nous explorons avec les étudiants :

  1. Archéologie des médias et dégradation du médium

L’archéologie des media, champ de recherche anglo-saxon, nous rappelle le lien entre la naissance du médium photographique et celle de la physique nucléaire : la radioactivité a été découverte au XIXe siècle, par hasard, par le biais d’expériences photographiques. Un continuum s’établit alors entre les deux pratiques, en passant par la lumière, de l’hypervisibilité de la propagande à l’invisibilité politique. Nous explorons ainsi une réflexion autour de l’origine esthétique du nucléaire à partir de ces régimes de visibilité en ouvrant sur la question de la dégradation du médium mais aussi celle de la spectralité.

  1. Seuils géographiques

De façon pragmatique, le nucléaire dessine les paysages sans que nous y fassions attention. Des rivières banales sont radioactives, et des centrales se dissimulent devant des paysages construits de toute pièce. Dans le cadre de visites de lieux spécifiques avec Agnès Villette, nous amenons les étudiants à aborder sous forme d’enquête (forensique) les alentours d’une centrale : travail de repérage, mise en commun des connaissances, entretiens avec d’anciens ouvriers, recherche de plans d’urbanisme, pour déchiffrer un territoire remodelé à partir de paramètres de contrôle, de surveillance et de nécessité logistico-industrielle. 

  1. Histoire sociale et travailleurs du nucléaire

Aussi, le nucléaire nous intéresse lorsque nous le replaçons au sein de l’histoire ouvrière. Il y a des ouvriers du nucléaire tout comme il y a des ouvriers de l’acier ou de l’agroalimentaire. Or, les premiers sont confrontés à un risque totalement invisible et insidieux. Par ailleurs, il est beaucoup question de rupture générationnelle du savoir faire dans le milieu du nucléaire. Une enquête sur la notion de geste pourrait par exemple être une piste pour allier culture nucléaire et projet d’art engageant la communauté. 


  1. Activisme anti-nucléaire

L’étude de l’histoire de l’activisme anti-nucléaire n’a pas encore été réalisée en France alors qu’elle existe profondément dans la culture populaire. Elle est pourtant marquée d’évènements contestataires importants influencés par des mouvements hippie, d’artistes ou d’écologistes. 

  1. Fictions spéculatives

Dans l’imaginaire commun, le nucléaire c’est aussi un spectacle apocalyptique qui refonde durablement les paysages vivants. Pollution, destruction, mutation se mélangent et nous font fantasmer des dystopies à venir. Ainsi, le nucléaire, problématique hautement française (la France étant le 1er pays au monde en nombre de centrales sur son territoire), est une porte nous ouvrant à plusieurs champs complémentaires : scientifique, social, artistique et philosophique.